De Saint Martin à Charlemagne

Publié le 30 janvier 2017 - Mis à jour le 14 avril 2017

La fondation des abbayes

Au début du Moyen-Age, plusieurs abbayes sont fondées sur les bords de Loire. Marmoutier à Tours, Fleury à Saint Benoît sur Loire et Saint Martin de Tours, aménagent pour la première fois le territoire sur une vaste échelle. L’intérêt stratégique des bords de Loire - utilisation de son eau, des landes, des bois et du calcaire - a été un élément déterminant dans le choix de ces implantations. 

Les abbayes bénédictines du Val de Loire

Les abbayes devenues bénédictines à partir du VIIème siècle, tout particulièrement Fleury et Marmoutier, auront une influence intellectuelle et artistique déterminante sur les autres couvents du Val de Loire. Marmoutier envoya certains de ses religieux renforcer et réformer de nombreux monastères ligériens : Saint-Lomer de Blois, Saint Julien de Tours, Saint Florent de Saumur ainsi que Saint-Aubin et Saint-Nicolas d’Angers. 

La renaissance carolingienne au VIIIe siècle

Dotées de grandes richesses, les abbayes du Val de Loire permettent l’essor de foyers intellectuels. Deux conseillers de Charlemagne s’y illustrent : Théodulfe (vers 760 – 821) et Alcuin (vers 734-804). Ils sont chargés de redonner vie aux écoles épiscopales et de créer dans chacune d’elle un scriptorium : lieu où l’on recopie et enlumine les manuscrits. La renaissance carolingienne est lancée. 

Ecrivain anglais et abbé de Canterbury, Alcuin reçoit de Charlemagne en 796 l’abbatiale de Saint-Martin de Tours. Il fonde une école de belles-lettres, de philosophie et de théologie, dotée d’un scriptorium réputé. Alcuin développe un véritable programme : recherche et rédaction de textes, études de grammaire, de littérature, et réforme de l’écriture. Il fut également abbé de Marmoutier à la fin du VIIIe siècle. 

A la demande de Charlemagne, qui multiplie la rédaction des actes et dans un souci d’unité de l’empire, une écriture rapide, régulière et commune à tous est créée : la minuscule caroline. Elle apparaît à partir de 770. Cette nouvelle graphie remplace les écritures régionales particulières (nées à la suite de l’éclatement de l’Empire romain), longues à copier et difficiles à déchiffrer. 

La minuscule caroline s’impose tout d’abord au scriptoria de Corbie, puis à celui de Saint-Martin de Tours grâce à l’action d’Alcuin. Il édicte des règles de mise en page et fixe la graphie. 

Le rayonnement de Marmoutier et de Fleury, tout comme celui des abbayes de Corbie et de Saint-Denis ne tarde pas à gagner de manière durable l’ensemble de l’Empire carolingien. 

« C’est une noble tâche que de copier des livres sacrés, et le scribe ne manquera pas sa récompense. Il est préférable d’écrire des livres que de planter des vignes : celui-là entretient son ventre, celui-ci son âme. » Alcuin, poème pour l’abbaye de Saint-Martin de Tours 

Théodulphe et Germigny des Prés

Evêque d’Orléans en 798 et abbé de nombreuses abbayes, Théodulphe (vers 760-821), occupe une place de choix parmi les conseillers de Charlemagne. Homme de lettres et de grande culture, il est le réformateur de l’enseignement et l’un des principaux acteurs de la renaissance carolingienne. Son empreinte est aujourd’hui encore visible à Germigny-des-Prés. 

En 806, Théodulfe fait construire l’oratoire de Germigny-des-Prés. Cette chapelle, partiellement conservée dans la partie orientale de l’actuelle église, semble avoir été unique du point de vue architectural. Elle est construite sur un plan en croix grecque inscrite dans un carré. Inspirée par des modèles byzantins ou espagnols, elle est la réalisation très personnelle de Théodulfe. Sa culture remarquable se fondait sur le monde méditerranéen, l’héritage de l’Antiquité tardive et la « modernité » de l’Islam. 

La mosaïque de l’abside orientale qui représente l’Arche de l’Alliance demeure aujourd’hui un témoignage du renouveau artistique carolingien. Tout le décor de la chapelle et le pavement en mosaïque fait partie d’un programme iconographique unique, inspiré d’un thème : le jardin paradisiaque. Il s’apparente aux décors d’églises paléochrétiennes et byzantines de la Grèce antérieures au IXe siècle. 

« L’arche d’Alliance », mosaïque de l’abside orientale de l’oratoire de Germigny-des-Prés, début IXe siècle, cliché Laurent Massillon Traduction de l’inscription latine bordant la mosaïque : Vois ici et contemple le saint oracle et ses chérubins ; ici resplendit l’arche du testament divin. Devant ce spectacle, efforce toi de toucher par tes prières le Maître du tonnerre ; et ne manque pas je t’en prie, d’associer Théodulphe à tes vœux. 

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