Regards sur les paysages viticoles ligériens : Quart de Chaume en pays de Layon

20 décembre 2011

Saint-Aubin-de-Luigné (49)

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Dominique Boutin
Géologue-géographe à l'Ecole nationale supérieure du paysage de Blois

Prolongement du «sillon de Bretagne », expatrié au Sud de La Loire, les coteaux du Layon offrent un paysage extraordinaire au sens littéral du terme.
Le  «coteau »  est, ici, un monument à part entière, un site qui en impose. Le relief est majeur par son contraste topographique (60m) qui attire l’attention, car l’altitude absolue ne frôle que les 80 mètres.
Le vignoble s’épanouit sur tout l’espace, plaines et coteaux, mais c’est perché sur cet étonnant piédestal qu’il va exprimer ses lettres de noblesse et mériter  sa renommée.
  
Un terroir c’est d’abord un lieu, qui va se décliner en quartiers parcellaires organisés, sur un territoire défini, dénommé, qualifié par des données naturelles, sur lequel des hommes ont élaboré une démarche, une production de qualité. La reconnaissance de ces différentes composantes est  à l’origine du classement en Appellation.
  
Dans cet esprit, la marche est le bon rythme pour la découverte des terroirs ligériens et une rencontre des multiples facettes qui composent le paysage. Un regard trop rapide ne permet pas d’entrer dans les détails qui font le terroir : les matériaux géologiques, les sols, le climat, l’exposition, les aménagements, les hommes et leur travail : le regard est trop souvent limité aux repères classiques superficiels.
  
La randonnée permet d’accéder aux nuances du relief, à la subtilité des agencements végétaux,  de vivre les  ruptures paysagères et la localisation des espaces consacrés à la viticulture, en l’occurrence.
Et l’effort de la grimpette permet de bien mesurer la raideur du relief, sa déclivité, le gain de chaleur aussi, pour gagner le belvédère qui récompense de l’effort. 

REGARDER !

Prendre du temps et ne pas s’arrêter au constat de l’étonnant relief, un large amphithéâtre ouvert sur le Sud-Est, la chaleur et l’humidité océanique.
 
Prendre le temps de mesurer l’espace, les horizons lointains qu’autorise la dénivellation, la grande plaine.
 
Prendre le temps de considérer les ruptures et les homogénéités paysagères, les rideaux d’arbre qui soulignent des agencements invisibles mais qui masquent parfois des espaces qu’il va falloir redécouvrir. 

VOIR !

La raideur du premier plan, un relief trop ardu pour que le vigneron puisse l’investir, non que la vigne ne puisse s’y épanouir, mais les conditions techniques y seraient trop contraignantes.
Un grand rideau d’arbres en contrebas qui ne masque pas les plans successifs : l’altitude est suffisante pour que cette arborescence n’obstrue pas le regard. Il invite à mesurer l’ombre et la fraîcheur de ses frondaisons. 
 
Les légères collines qui ondulent le vignoble : le concept de «mer de vigne » prend ici un vrai sens, une douce houle balance les rangs et assouplit la rigueur de l’ordonnancement.
La chaleur trouble les lignes suivantes comme l’exprime souvent les peintres  focalisant  leur premier plan : les ondulations se perdent petit à petit dans un flou campagnard ponctué d’habitat isolé. Les détails se fondent avec bonheur et invite à l’imaginaire. 

INTERPRETER !

Structure géologique exceptionnelle, prolongement du «sillon de Bretagne », le coteau n’est ni plus ni moins qu’une fraction de cette «élévation tectonique plutonique », un énorme massif granitique isolé par des failles.
La fracture géologique passe en son pied, mais mesure 170 km de long et de Bain-de-Bretagne à Doué-la-Fontaine va dessiner toute la côte Sud bretonne.
Les roches cristallines sont flanquées de matériaux métamorphiques mais aussi volcaniques. Camouflés dans les cisaillements, on y trouve encore du Carbonifère et des calcaires anciens.
 
Cette complexité géologique contraste avec la simplicité des unités paysagères : un bel escarpement en amphithéâtre surplombant des collines basses couvertes de vignes.
Cet espace s’ouvre au Sud-Ouest, premier obstacle aux effluves océanes, chaleur et humidité viendront au cours du «long » cycle, enrichir les «chenins », les aidant dans leur surmaturation et l’heureux développement de la pourriture noble (Botrytis cinerea).
 
Le Layon invisible en pied de côte, est révélé par le corridor arboré de la ripisylve. Sans être gênante l’arborescence va au contraire donner l’échelle de lecture du grand paysage qui se profile tout au long des plans successifs offerts au regard.
 
Les ondulations témoignent du jeu d’une érosion qui se compte en centaines de millions d’années (surface post-hercynienne) mais également de tout un complexe de remblaiement et sédimentation successifs. Le panel minéral s’en trouve amplement enrichi qui va offrir aux sols de nombreux matériaux favorables à l’expression vinicole. 

TERROIR DE QUART DE CHAUME

Quart de chaume est réputé, son histoire explique le lieu-dit : « les premiers vignerons (.) moines défricheurs à l’origine de l’Appellation, (devaient) réunir pour les seigneurs propriétaires des terres, les meilleurs quarts de la récolte, pendante sur le revers du coté exposé au midi ». (domaine de Suronde)
 
Mais pourquoi justement là ? En fait tout est dit. Ces fins dégustateurs et gourmets étaient assurément des «connaisseurs » d’espace et de viticulture. Les raisons de leur choix  «lee meilleur du meilleur », se justifiaient  par les conditions écologiques exceptionnelles du site.
Il est toujours difficile de justifier tel ou tel engouement, mais il est des mariages heureux qui dépassent la simple raison. Traverser cet espace est déjà un bonheur : les reliefs parlent d’égouttage des terres, d’expositions changeantes, de fractionnement de roches schisteuses.
Mais qu’a t-il de plus que la colline voisine, sinon le soin ancestral, l’exigence, les pratiques rigoureuses supplémentaires qui conduise au sublime.
  
Mais, si on focalise sur le site, il faut savoir reconsidérer l’ensemble de la côte et  les basses collines, chacun des espaces offrant des conditions biotiques complémentaires plus qu’opposées : autant de nuances que les hommes ont su exploiter avec grand bonheur. 
  
Les journées « rando-viti » permettent ainsi de  découvrir en grande intimité, le patrimoine viticole de la Loire, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. 

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