Jardin médiéval et maraîchage

Publié le 24 mai 2017

Le jardin : une nature idéale

Le jardin est l’expression d’une nature domestiquée. Traité par de nombreux artistes, le thème du jardin a souvent suscité un débordement imaginatif largement symbolique. Représenté alors comme un Eden, il transmet souvent l’image d’une nature idéale. 

Le jardin s’est vu attribuer, au Moyen-Age tout particulièrement ,de nombreuses vertus symboliques. 

Vu comme l’œuvre de Dieu sur terre il se doit alors d’être un reflet parfait de l'Eden, et tout doit y évoquer la perfection et la beauté divine. La description de tels jardins est fréquente dans la littérature médiévale, comme le montre cet exemple imaginé à partir du paradis de la Genèse (1er livre de la Bible) : 

« Autour de ce verger, ne s'élevait ni mur, ni palissade. Par effet de magie il était clos sur tous côtés d'un mur infranchissable. Nul n'y pouvait entrer qu'en volant par-dessus ce mur. Tout le temps d'hiver et d'été il produisait fleurs et fruits mûrs. Mais les fruits ne se devaient manger que dans le verger. On ne les pouvait emporter, par l'effet d'une force mystérieuse empêchant qui était entré d'approcher de l'huis et de sortir tant qu'on n'avait remis le fruit à sa place. Chantaient partout en ce jardin tous oiseaux volant sous le ciel, tous les oiseaux des plus beaux chants. La terre était fertile en herbes bonnes pour médecines et en épices précieuses. » 

- Chrétien de Troyes, Erec et Enide, vers 1170. 

On retrouve cette vision d’une nature idéalisée sur de nombreuses tapisseries. 

Le jardin alimentaire et médicinal

Le jardin médiéval est utilitaire. Ayant recours aux branchages tressés pour les carrés et la clôture, orné de quelques fleurs et planté de fruitiers en espalier, il trouve une place de choix  dans les abbayes où cet art sera particulièrement développé. 

Une ordonnance de Charlemagne (fin VIIIe siècle), le Capitulaire de Villis, réclame de la part de ses domaines un certain nombre d'observances et de règles. Ce document permet d’avoir une connaissance des modes de culture du jardin médiéval. Y sont énumérées notamment les plantes que ces domaines se devaient de cultiver. La liste principale rassemble au total 94 plantes : 73 herbes, 16 arbres fruitiers, 3 plantes textiles et 2 plantes tinctoriales. 

Ce texte ne représente pas toutefois une révolution agricole, car toutes les plantes qu'il cite étaient connues de longue date. Il ne semble pas être non plus une injonction autoritaire de la part de Charlemagne. Sa volonté était alors plus celle d'obtenir dans ses domaines une organisation et un équilibre idéal pour les jardins, entre plantes alimentaires, médicinales, textiles, tinctoriales voire décoratives. Les hypothèses actuelles attribuent la rédaction de ce capitulaire au scribe Alcuin, qui fut abbé de Marmoutier. 

Le modèle des jardins médiévaux est celui de l'hortus conclusus : jardin clos, partagé en espaces thématiques et ordonnés, selon le Plan de Saint-Gall. 

L'hortus (le potager) est généralement plus grand que l'herbularius (le jardin médicinal, ou jardin des simples), mais ils sont organisés de la même façon, en parterres réguliers : planches carrées ou rectangulaires, surélevées et délimitées. Le carré était le plus souvent bordé de passages, facilitant le drainage et l’irrigation. Cette forme de damier donnée aux parterres permet la réverbération et ainsi un réchauffement beaucoup plus rapide de la terre et protège, l'hiver, une grande partie des racines. 

Ces jardins potagers et médicinaux, en damiers, rationnels et géométriques, seront la norme de tous les jardins du Moyen-Âge jusqu'au XVe siècle, qu'ils soient laïcs ou religieux. 

« J’ai un jardin rempli de plantes parfumées où fleurissent la rose, la violette, le thym et le crocus, le lis, le narcisse, le serpolet, le romarin, le jaune souci, le daphné et l’anis. D’autres fleurs s’y épanouissent à leur tour de sorte qu’à Bourgueil le printemps est éternel… » 

- Baudry de Bourgueil, historien et poète, à propos de son jardin, vers 1100