Les aménagements modernes

Publié le 12 avril 2017 - Mis à jour le 14 avril 2017

La construction des ponts

Le XVIIIe siècle est une période importante de construction de ponts, les anciennes structures médiévales sont remplacées Une conjonction favorable de facteurs permet ces aménagements : la situation économique, la mise en place de grandes routes, les grands travaux d’urbanisme et des moyens techniques mieux maîtrisés. 

Les ponts du XVIIIe siècle sont des commandes royales et des travaux d’ingénieurs. En pierre, rectilignes, beaucoup plus hauts, plus larges, sur des piles légères et moins nombreuses, ils innovent du point de vue technique. 

Le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées est créé en 1716. Sont alors construits les ponts de Blois par Jacques Gabriel en 1725 ; de Saumur par Cessart, Voglie et Lecreulx, en 1756 ; d’Orléans par Huppeau et Perronet, en 1760 ; de Tours par Bayeux et Voglie en 1779. Leurs qualités sont remarquables, ils résisteront à de nombreuses débâcles et inondations. 

Le pont de Blois est un des premiers ponts modernes français. Il fut financé d’un seul bloc et les travaux conduits en un peu plus de 7 ans seulement, de 1717 à 1724. S’il est encore construit en dos d’âne, avec une pente de 41mm par mètre depuis les arches de rive, larges de 16,50m jusqu’à l’arche centrale de 26,30m, les piles sont plus minces qu’elles ne l’étaient traditionnellement, à l’exception des deux piles qui soutiennent les 3 arches du milieu. 

A propos du pont de Blois : « C’est un des plus beaux du royaume, et je ne croierois pas trop avancé de dire de l’Europe », écrivait en 1735 l’ingénieur de la Généralité d’Orléans. » 

Le pont de Tours est long de 474 m. Composé de 15 arches de 24,30m, le projet fut dessiné par Bayeux, qui en dirigea les travaux jusqu’en 1774. Voglie pris la suite et modifia le décor du monument. Pendant la construction même du « pont de pierre », il n’y eut pas moins de trois effondrements, aussi les travaux durèrent-ils de 1765 à 1810. 

« La construction de ponts modernes, adaptés aux nouvelles dimensions des crues, fut ce que les ingénieurs du XVIIIe siècle accomplirent de plus utile et de plus durable dans la vallée de la Loire. C’est alors que Blois, Orléans, Tours, Saumur, Nevers furent dotés de monumentaux et solides ponts de pierre qu’elles possèdent encore aujourd’hui, et auxquels une longue existence semble promise. » 

(Roger Dion,  Le Val de Loire 1934) 

De la source à l’estuaire, la Loire est aujourd’hui franchie par une centaine de ponts. Le plus ancien est celui de Beaugency, le plus récent et le plus moderne aussi est le pont de l’Europe à Orléans. Le mouvement engagé au XVIIIème siècle se poursuivra en utilisant successivement toutes les techniques de construction.  

« Ce n’est pas petite gloire 

Que d’être pont sur la Loire 

On voit à ses pieds rouler 

La plus belle des rivières 

… » 

Jean de la Fontaine, Voyage en Limousin 

Les grandes compositions urbaines

Au XVIIIe siècle, le tracé des villes est sensiblement remodelé. Un nouvel urbanisme voit le jour, déplaçant sensiblement les axes de circulation de l’époque médiévale, modifiant également le rapport des villes au fleuve. 

La construction des ponts s’intègre dans une ambition plus vaste. L’ouvrage redevient un franchissement sur un itinéraire à l’échelle du pays. Il est ainsi générateur d’un nouvel urbanisme. 

Les autorités locales, appuyées par le pouvoir royal entreprennent au XVIIIème siècle le percement de grandes artères. La rue Royale à Orléans, avec la régularité de ses arcades est un exemple représentatif de ce nouvel urbanisme, tout comme le percement de la rue Nationale à Tours. Se crée alors dans les villes une nouvelle perspective pont-avenue, qui tout en étant centrale, doit éviter le tissu médiéval le plus dense. Cet axe ainsi créé réoriente la ville vers de nouvelles directions et de nouvelles ambitions. 

Ainsi, l’axe majeur de la ville de Tours tourne à 90° à l’occasion de la construction de deux artères principales, la « tranchée » au nord dans le coteau, et la rue Nationale au sud. Ce nouveau tracé nord-sud, celui de la nouvelle route d’Espagne,  remplace alors le vieil axe est-ouest de l’époque médiévale qui suivait le fleuve. 

En 1752, à Saumur, l’ingénieur en chef de la Généralité de Tours, Jean-Baptiste de Voglie propose un plan pour repenser la ville. Avant tout, il s’agissait de l’intégrer dans le nouveau réseau routier que les ingénieurs s’attachaient à moderniser. Ce projet prévoyait une extension tangente à la ville close sans y pénétrer. Ainsi une longue percée de 7,6 km fut réalisée, aménagée à travers des terrains aplanis et corrigés par la volonté de l’homme. Ce nouvel axe donnait l’armature principale d’une nouvelle ville, dessinée à côté de l’ancienne. 

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